Aujourd’hui, 3 octobre, la Jeunesse Valdôtaine célèbre ses quatre-vingts ans. Et elle a choisi de commencer cette journée par un geste chargé de sens : un hommage, au cimetière d’Aoste, à Pierre Vietti, son premier animateur principal.
Ce nom appartient à l’histoire de la Jeunesse, mais aussi à une saison féconde de la culture valdôtaine. Vietti fut l’un de ceux qui comprirent très tôt qu’une identité ne se conserve pas seulement en la célébrant : elle doit être parlée, racontée, mise en scène et surtout pleinement transmise. Avec René Willien, il participa en 1958 à la naissance du Charaban, le théâtre populaire en patois qui allait devenir l’une des expériences les plus durables de notre vie culturelle. À la radio, sous les traits de Batezar, il sut faire entrer le francoprovençal dans les maisons, avec humour et naturel. Plus tard, son engagement se poursuivit au Comité des Traditions Valdôtaines et au Centre d’études francoprovençales de Saint-Nicolas : autant de lieux où la mémoire ne devait jamais devenir immobilité, mais rester un matériau vivant, confié à ceux qui viendraient après à leur tour.
Il existe pourtant un titre qui, relu aujourd’hui, semble presque avoir été écrit pour cet anniversaire : « Jeunesse, jeunesse », la pièce composée avec René Willien. Derrière le théâtre et le sourire affleurait une question essentielle : quel rapport les nouvelles générations allaient-elles entretenir avec leur langue, leur culture et les valeurs reçues de ceux qui les avaient précédées ?
C’est précisément là que la figure de Vietti retrouve toute son actualité. Il ne demandait pas aux jeunes de vivre tournés vers le passé. Son Batezar observe au contraire un monde qui change, découvre la ville, les voyages, les nouveautés et la modernité. Mais il les regarde avec une conscience claire de ses racines. C’est ce qui donne tout son poids à cette recommandation restée célèbre : « Valdôtain, destreupien pa lo patoué ! »
Quatre-vingts ans après la naissance de la Jeunesse Valdôtaine, l’hommage rendu à sa tombe ne sera donc pas seulement un souvenir. Il pourra aussi être lu comme une invitation. Chaque génération reçoit une langue, une histoire, une manière particulière d’habiter cette Vallée. À elle de choisir si elle veut simplement les conserver ou leur donner une voix nouvelle. Pierre Vietti avait choisi la seconde voie : c’est peut-être encore aujourd’hui la plus belle définition de la jeunesse.
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